Simon Manoha

Artiste enraciné 

Simon Manoha est né à Guilherand Granges, Ardèche, en 1987.

Il installe son atelier au sein de ses origines, à côté d’un Anagama (four à bois), de sources d’argiles et d’innombrables minéraux utilisés pour ses émaux en Ardèche, où il travaille actuellement sur une nouvelle série "Décommodage" qui allie terre, métal, bois et pierre.

Lui

"Les fleurs les fruits, ça vient après, faut d’abord parler des racines. Des racines il y en a tout un tas de différentes: les pivotantes, les fasciculaires, les tracantes, les racines aériennes etc. Deleuze avait son délire des rhizomes et en grippe les pivots pour des raisons liées à son temps. Dans tous les cas c’est dans la terre qu’on s’ancre, et vers le soleil qu’on s’élève. J’avais donc décidé de rester chez moi (en Ardèche), soutenir les bases de mon territoire, prendre la glaise sur laquelle j’ai tant marché puis cuire au bois: un four Anagama c’est un fabricant de soleil. Pendant une semaine on dort peu, bien ancré dans la terre on finit par s’élever comme en état de transe. La fatigue s’accumule, on porte les céramiques avec nous, sous notre bras et on fabrique un soleil, on va vers lui pour partager des bouquets de fleurs, envoyer des graines ci et là, partager les fruits d’une rencontre et d’une obsession. 
La sculpture comme répétition se glisse entre la maladresse d’une empreinte laissée sur le sol et l’obsession de l’éternité. Quant à sa différence, il s’agit de ma trace, mon coup d’estèque ou mon empreinte de doigt sur la glaise, à jamais répété/disséminé dans un réseau de dissolution/solution d’une identité qui se crée autant qu’elle se défait. Vous l’observez grandissante, ma trace de pas, rapprochez-vous donc et marchez dessus rien à craindre - je reviendrais. La main finira par poigner les mémoires et sculpter les souvenirs. En attendant jouons les bloc de terre glaise: tantôt molle pour permettre l’ouverture au monde qui rentre en nous comme pour garder son empreinte. Tantôt dure pour éviter une déformation fatale et pénétrer les étants qui nous entourent - ceux dont l’intelligente mollesse aura de l’appétence pour quelque cruauté. 
Car c’est dans les profondeurs des systèmes racinaires sous-terrains, dans la nuit noire des mystiques que la cruauté peut être travaillée sans limite. Faut pas avoir peur de se salir un peu les paluches, et ça arrive que ça sente la merde. Mais c’est comme après un bon bain de boue, on en ressortirait tout saillant avec une petite truffe sous l’aisselle: «Tient, elle est pour toi.». Là où le silence des passions fait tout éclater, moi vous le monde: vous comprenez, c’est là bas que je vis. Mais il arrive que je remonte avec une ou deux truffes sous les bras: vous aimez?"

Simon.M

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